CR : Dîner de printemps 2023 – Vincent Salimon

16 mars 2023

Temps de lecture : 10 minutes

Le président Mamadou CAMARA ouvre le dîner de printemps du Cercle Odéon. L’invité d’honneur Vincent Salimon est Chief Executive Officier de BMW France et la thématique de la soirée porte sur « Voitures électriques, Environnement et Crise énergétique : quelles perspectives ?

Les équipes du Cercle K2 de l’agence d’influence en BtoB Les Années Folles, d’Ida Morin, fidèles partenaires du Cercle, sont présents.

Mamadou Camara remercie Sophie Makariou pour sa présence au dîner du 10 mars 2022. L’ancienne présidente du musée des Arts asiatiques – Guimet était intervenue pour éclairer les relations entre la diplomatie et l’art. Il invite ensuite Monsieur Salimon à ses côtés.

Monsieur Camara commence par lui demander comment se porte BMW France dans un contexte de tension énergétique où l’environnement est au cœur de toutes les actualités.

Il commence par rappeler que BMW France compte trois marques importées en France : BMW, MINI et BMW Motorrad. Malgré cette période de crise, la santé du groupe est bonne. Si le marché automobile français représente en moyenne deux millions de voitures, son volume s’est récemment réduit (1,5 million de véhicules) du fait des difficultés d’approvisionnements en semi-conducteurs et câbles. En effet, de nombreuses entreprises de montage se situent en Ukraine. Concernant les marquesgénéralistes, le marché souffre. En revanche, le haut de gamme et le low cost se portent bien.

Pourquoi est-il aussi prospère ?

A une époque où le nombre de voitures est moindre, la limitation de la production a équilibré l’offre et la demande.

Il considère donc qu’il vend moins de voitures, mais mieux. Néanmoins, cette période de pandémie et de crises demande beaucoup d’agilité et de flexibilité.

Il ajoute que, selon une étude récente, en France, 90 % des personnes affirment avoir besoin de la voiture et 80 % disent l’utiliser au quotidien. Une vraie différence s’opère entre, d’un côté, Paris et les grandes métropoles et de l’autre, le semi-urbain. Cela pose question. D’ailleurs, Monsieur Salimon souligne vendre 60 % de ses voitures hors des grandes villes.

Donc, si nous sommes tous concernés par la nécessité de prendre les transports en commun ou des moyens de transport alternatifs, la voiture reste indispensable. À son sens, une réorganisation doit intervenir. Dans cette perspective, BMW a notamment organisé le RE:IMAGINE TOUR rassemblant des startups, des énergéticiens et des politiques.

Son message a toujours été de dire que si nous en avons la possibilité, nous devons éviter de prendre la voiture. Toutefois, nous ne pouvons faire totalement l’économie de son utilisation. Il s’agit donc de trouver les moyens de développer une mobilité responsable en travaillant sur l’économie circulaire. Cela est primordial, car les ressources de la planète sont limitées : fin juillet, les ressources annuelles de la planète sont déjà consommées..

La meilleure solution consiste à réutiliser les matières. Cela est possible et BMW le fait : 30 % des matières présentes dans leurs voitures sont déjà recyclées. Il en va de même pour les batteries. Le recyclage est à hauteur de 50 % pour l’aluminium, 30 % pour le nickel et 30 % pour le cobalt. Néanmoins, cela n’est pas suffisant. Il faut donc aller plus loin et assurer une mobilité raisonnable pour préserver la planète.

Le 14 février dernier, le Parlement européen actait officiellement la fin de la vente des moteurs thermiques. Celle-ci est prévue pour 2035. Mamadou Camara cite le propos l’eurodéputée écologiste Karima Delli, présidente de la Commission des Transports et du Tourisme « Nous sommes arrivés à un accord historique, qui réconcilie l’automobile et le climat, deux frères ennemis ».

Il s’interroge : en France, les dirigeants d’entreprise réfléchissent-ils aux conséquences sociétales impliquées par le financement, la mise en place des infrastructures logistiques et la tension existante sur certaines matières premières nécessaires à la construction ?

En outre, il souligne que Monsieur Salimon considérait le 24 septembre 2021 sur BFM Business que « l’excès est toujours négatif » et qu’il faut opérer une « transition et pas une bascule ». Il lui demande donc quelle est sa vision de l’automobile de demain.

Vincent Salimon commence par rappeler qu’à partir de 2035, il ne sera plus possible d’acheter une voiture thermique, mais seulement une voiture « zéro émission ». Eu égard au temps de développement nécessaire pour développer une automobile et rentabiliser son investissement, il trouve cette date trop proche.

De plus, il considère que choisir exclusivement le cent pour cent électrique n’est pas judicieux. Ainsi, il y a vingt ou trente ans, les autorités recommandaient d’acheter des véhicules fonctionnant au diesel. Cette technologie avait été particulièrement développée pour le marché français. Pourtant aujourd’hui, ceux-ci sont considérés comme pollueurs et susceptibles d’être prochainement interdits en ville. L’intérêt était donc plus économique qu’environnemental.

À son sens, l’important serait de travailler sur la multi-motorisation. Bien que particulièrement adapté à une utilisation urbaine, l’usage d’un véhicule électrique pose la question de l’autonomie du véhicule. L’utilisation d’un moteur hybride rechargeable pourrait pallier cette difficulté. Le moteur thermique est aussi une option intéressante puisqu’il n’émet pas de particules fines, peu de CO2 et bénéficie d’une autonomie satisfaisante. Le choix entre plusieurs types de motorisation est donc nécessaire.

En outre, il pense que l’ensemble de la population n’est pas prêt pour le tout électrique. De plus, en l’état, l’infrastructure de recharge n’est pas suffisante.

Ainsi, lors du dernier quinquennat, la mise à disposition de cent-mille bornes de recharge avait été annoncée pour la fin de l’année 2021. Elles ne seront finalement disponibles que mi 2023.

Si aujourd’hui la situation est globalement satisfaisante en ville et sur les autoroutes, elle l’est moins en semi-urbain, particulièrement dans les campagnes.

De plus, l’annonce du passage au tout électrique en 2035 entraîne paradoxalement l’augmentation des émissions de CO2. En effet, le marché des particuliers souffre d’un manque de renouvellement. Les utilisateurs ne savent pas quel modèle choisir et continuent donc de rouler dans leur véhicule actuel. Par conséquent, le parc automobile français vieillit de six mois tous les ans. Cela implique que nous continuons à utiliser des véhicules émettant plus de CO2 que les voitures modernes. Donc, nous polluons davantage la planète.

Enfin, la Chine a capté le monopole des terres rares (elle en raffine 90 %). Celles-ci sont nécessaires à la fabrication des moteurs électriques. Nous dépendons entièrement du bon vouloir des chinois en ce domaine. Or, la guerre en Ukraine illustre le danger de dépendre d’un pays. Il est donc important de pouvoir travailler sur d’autres technologies comme l’hydrogène. Pour M. Salimon, si nous prenons de l’avance sur la Chine et les Américains dans ce secteur, nous détiendrons une alternative.

Tous ces éléments montrent que le tout électrique n’est qu’une des solutions existantes. Elle n’est pas parfaite et nécessite une transition. De fait, une clause de revoyure a été négociée avec l’Union européenne en 2026 afin de déterminer si l’échéance pourra être tenue pour 2035.

Le président rappelle les désaccords qui surgirent, notamment en Allemagne, quant à l’application effective de la mesure. Il cite notamment les propos de Nathalie Colin-Oesterlé, autre eurodéputée, rapportés par Le Parisien et faisant remarquer que « l’industrie automobile génère 12,5 millions d’emplois en Europe. Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer aux apprentis sorciers avec cette filière ».

S’opposant au texte, elle ajoute que « La transition doit se faire avec et non contre cette filière, afin de ne pas être génératrice de drames humains et sociaux. » Il demande donc à Vincent Salimon son point de vue sur le sujet. Il désire également savoir comment BMW France s’organise pour éviter d’éventuels drames sociaux en France et si une évolution de son effectif était prévue.

Monsieur Salimon indique que l’Allemagne veut aller vers des solutions alternatives. Néanmoins, il rappelle que son groupe ne croit pas vraiment aux carburants synthétiques. Très onéreux, ils sont plus chers à produire que l’hydrogène.

Concernant l’effectif des collaborateurs, la situation est stable. BMW Groupe compte près 149 000 collaborateurs. Dix ans auparavant, ce nombre n’était compris qu’entre 100 000 et 110 000.

Pour faire face à la situation, M. Salimon considère qu’il est important d’assurer la transition. C’est la raison pour laquelle le groupe a énormément investi dans la formation (près de 250 M€ euros en 2022) afin d’accompagner ses collaborateurs dans la transition de la production thermique à la production du cent pour cent électrique.

Enfin, sur la commercialisation, BMW travaille avec des concessions, autrement dit avec des entrepreneurs indépendants ayant le droit de vendre ses voitures.

Mamadou Camara remarque que la Chine a une grande ambition en matière de voiture électrique : l’Europe est certainement son Eldorado. Cela lui fait penser à la question du coût des véhicules, car Pékin possède une énorme avance dans la fabrication de voitures électriques. Ce, grâce à sa maîtrise des technologies nécessaires à la fabrication des batteries et à ses solides chaînes d’approvisionnement. Il demande donc à Monsieur Salimon si celui-ci se sent menacé et s’il est favorable à des mesures de protectionnisme en faveur des industries automobiles européennes.

L’intervenant affirme être préoccupé sur ce point. En effet, les véhicules produits par les constructeurs chinois ne sont pas chers et bénéficient d’une certaine technologie. De surcroît, le rapport entre la qualité et le prix n’est pas mauvais. Il convient donc de s’inquiéter pour les marques qualifiées de mainstream.

En revanche, il pense que les marques premiums ne seront pas concurrencées avant un certain temps, car le luxe ne s’invente pas. Véritable héritage, il nécessite une technologie pointue et un savoir-faire conférant une légitimité. Ainsi, de nombreux constructeurs ont déjà essayé de se positionner en Europe sur ce segment, mais ils n’ont jamais réussi. Vincent Salimon pense que les constructeurs chinois connaîtront le même sort, car nos entreprises ont beaucoup plus à proposer aux clients.

Il indique également être libéral et donc refuser les mesures protectionnistes. Il considère que le marché, la technologie, ainsi que la performance des entreprises et des équipes, doivent faire la différence par rapport à la concurrence. Il faut donc se laisser la possibilité d’exploiter les marchés chinois et américain. La réciproque doit être vraie. C’est le principe de la mondialisation.

Le président Camara remercie Vincent Salimon et permet à la parole de circuler dans la salle. Puis, il clôt la soirée.